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Catégorie : Textes
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Ça n’est pas enterré

Mon tout, mon grand amour, ma bien-aimée, ma seule,
Je t’écris dans la paie du jour agonisant...
Je suis à la campagne, assis sur quelques meules,
Au loin, le soleil meurt tranquillement,
Je pense à toi, chère âme mienne, Ton absence
est si pleine de toi que c’est une présence,
plus vague, un peu, et plus lointaine, voilà tout,
et c’est pour ça, mon cœur que ce soir est si doux,
Si doux qu’il ressemble aux soirs échappés de Shakespeare...
Dans l’air autour de moi, c’est toi que je respire,
Tes gestes, ton parfum, ta voix, ton regard,
tu es plus vivante ici que nul part.
Il m’est parfois donné à l’occasion d’une soirée,
Au détour d’un couloir ou d’un groupe de personnes,
D’entendre une mélodie, une phrase trop bien jouée,
Et mon esprit tout-à-coup s’envole et déraisonne,
Tu ne sais pas, ma seule, tout ce qu’un air
remue de souvenirs, dans le cœur et dans la chaire,
Aucun n’est ordinaire, ils ont chacun leur âme,
qu’ils ont prix à la voix des violons ou des femmes,
Et l’on ne sait pourquoi, ni ce qu’y met le cœur,
un simple accord, parfois, résonne comme un pleur,
Et tant d’infini est en lui, grave ou tendre
qu’il lui faut tout l’espace pour s’étendre.
C’est l’écho qu’on entend des voix qu’on entend pas,
L’appel d’un être aimé, en de lointain là-bas,
qui se souvient en nous d’un grand amour passé,
que le temps a conclu, mais n’a pas enterré.